Le petit mot d’Elino … #96

RETOUR SUR LA COUPE DE FRANCE
AVEC ROMAIN CAZEMAJOU

They had a dream…Ah, cette Coupe de France, elle en a fait rêver des joueurs. Au foot bien sur mais aussi au handball où les libournais du HBCL ont souvent brillé. (1)
Cette année encore ce rêve a hanté les nuits des joueurs -du GLHB cette fois- et du staff.
La Coupe de France maintenant divisée en 4 niveaux (Nationale, Fédérale, Régionale, Départementale), permet à beaucoup d’équipes de rêver atteindre la finale et de la jouer à l’Accor Hôtel Aréna devant plusieurs milliers de spectateurs.
C’est ce rêve qu’a poursuivi le GLHB après avoir éliminé successivement Objat, Arcachon La Teste, Asson et Castanet-Ramonville. Un rêve fou qu’il a failli réaliser.

Quelques jours après, Romain Cazemajou nous éclaire sur ce quart de finale contre Hazebrook et cette demi-finale qui aura brisé son rêve, celui des joueurs et celui de tout un club.
(1) voir à la fin de l’article.

Alors Romain, fierté ou déception après ces deux rencontres ?
C’est un sentiment de déception qui prédomine pour le moment. Je reste à chaud, et n’ai pas encore eu le temps de digestion nécessaire. Je ne sais pas vraiment si je changerai d’avis tant je pense que l’on pouvait mieux faire sur la demi-finale.
C’est mon côté compétiteur qui parle, mais mon cœur est fier du chemin parcouru.

Après coup, comment les joueurs sont-ils passés d’un rêve fou après la victoire contre Hazebrook -aller jouer la finale à l’Accord Aréna- à la déception de cette défaite ?
Forcément très déçus, mais le rêve a alourdi des jambes déjà fatiguées de la veille. Lorsque malgré nos efforts, on voit Saint-Cyr mieux gérer le ballon, les temps de jeu, le tempo du match, on se rend compte que notre plan de les fatiguer ne fonctionne pas, on se complique la vie, et on perd notre fluidité, notre vitesse.
La réussite est de leur côté, je crois que ce jour-là, ils pouvaient jouer les yeux fermés, ils auraient gagné quand même tant leur réussite dans tout ce qu’ils ont entrepris était grande… On a vécu des instants d’impuissance qui font mal, tant le travail fourni pour en arriver là fût immense…

Une nuit presque blanche pour les joueurs (fin de match vers 11 heures !) alors que ceux de Saint-Cyr ont bénéficié d’un temps de repos beaucoup plus long, comment as-tu géré cela avant d’attaquer la demi finale ?
Avec notre préparateur physique Thibault Gotrane, nous avions prévu un protocole de récupération que nous avons suivi à la lettre pour être en forme optimale pour le lendemain. Mais, clairement ce n’était pas suffisant, Saint-Cyr a eu la chance d’être au bon endroit au bon moment.
Dans cette compétition, des clubs comme le notre doivent avoir un peu de chance dans ces moments-là… Marche nocturne, alimentation, hydratation, réveil tardif, petit-déjeuner, réveil musculaire, soins, massages, travail vidéo, repas, sieste, activation, échauffement, on a tout fait… On a tenu 45 minutes.

Tu as déclaré dans la presse avoir passé plus de 15 heures à préparer Hazebrook. As-tu passé une nuit blanche toi aussi pour préparer Saint-Cyr ?
Oui c’est vrai, j’ai passé environ 2 jours entiers à analyser le jeu d’Hazebrouck, pour au final voir mes plans un peu dérangés au vu de leur composition d’équipe modifiée (absence d’Alran, leur pivot où le jeu a tendance à s’articuler).
D’habitude, je ne consacre que deux après-midi à nos adversaires, je manque de temps. J’ai passé le même temps à anticiper en préparant Saint-Cyr, ce temps là n’a pas été perdu !
En arrivant là-bas, j’ai pu observer leur match précédent, et faire quelques ajustements sur notre plan de jeu. Mais cela ne nous a pas permis de performer comme espéré.
J’avoue avoir eu quelque peu du mal à dormir…

Quelles ont été les consignes ?
Hazebrouck est une équipe qui met du rythme, même si nous nous pensions plus forts qu’eux sur jeu rapide. L’enjeu était de fermer la relation Lorvellec-Alran secteur central et les obliger à jouer d’avantage sur les extérieurs.
On avait deux plans, le premier en restant bas, et regroupés secteur central autour de cette relation, le second en supprimant la balle, sur leur temps de décision, à Lorvellec essentiel convoyeur de ballon d’Alran.
Mais nous ne voulions (pouvions) pas non plus laisser trop d’espace aux autres. Ce sont d’excellents joueurs aussi. C’était une question de timing. Ça nous a plutôt souri et, en attendant la mi-temps pour changer notre projet défensif, on empêchait Hazebrouck de se préparer à nous contrer et à lire nos intentions en seconde période.

Concernant Saint-Cyr, cette équipe joue avec des changements attaque-défense pour être la plus performante possible sur les phases arrêtées. Notre projet était de mettre un maximum de rythme pour ne pas leur donner le temps de faire ces changements.
Ils ont préparé un changement avec leur ailier côté banc pour leur faire gagner un peu de temps. Ils ont eu aussi beaucoup de réussite offensive nous obligeant à passer par l’engagement au centre, et ainsi perdre du rythme pour jouer vite.
Bref, à ce jeu-là, on a clairement manqué de ressources (fatigue et rapport de force). Lorsqu’on a voulu changer les choses et les obliger à attaquer plus vite en s’étageant, le match de la veille leur montrant notre capacité à défendre haut et à tendre des pièges, ils ont utilisés le jeu à 7. Cela leur permettant ainsi de maîtriser encore et toujours le rythme du match.
J’en ai parlé avec mon frère à 3h du matin environ par message, je sentais qu’on serait contré comme ça. Pas loupé !

Vous êtes restés dans le coup très longtemps, mais les joueurs avaient-ils encore assez de jambes donc de lucidité pour finir la rencontre ?
Malgré tout, on reste accrochés, mais dès qu’on arrive à accélérer, on le paie physiquement immédiatement en faisant des erreurs dans le jeu qui ne pardonnent pas face à des N1 élite. On a joué notre jeu à fond, mais en moins de 24 heures, jouer avec beaucoup d’énergie, c’est trop difficile face à de tels adversaires…

Comment as-tu géré la semaine suivante avant d’aller à Rennes ?
Comme pour toute compétition, il faut savoir redescendre émotionnellement. Le temps nous manque, et les joueurs ont autant besoin de récupérer mentalement que physiquement. Lundi repos complet, mardi soin et récupération à la Calinésie, mercredi repos complet, jeudi et vendredi entraînement pour départ à Rennes, en minibus, le lendemain.
Rien n’est simple en Nationale 1. C’est pour cela qu’il faut savoir profiter de chaque instant de bonheur. Alors si on en a donné l’instant d’une soirée, c’est qu’on a accompli quelque chose d’important.

Quelque chose à rajouter ?
Certains se sont déplacés pour nous supporter, d’autres nous ont écrit. Chaque mot, chaque message, chaque pensée nous a donné un peu plus d’énergie. Je me fais porte-parole du groupe en remerciant toutes celles et tous ceux qui nous ont poussés à vivre cet instant.
Je ne sais pas si on aura l’effectif nécessaire les saisons prochaines pour jouer les deux compétitions à fond, mais on va poursuivre notre travail de formation pour continuer d’intégrer dès que possible les jeunes méritants au GLHB et tenter de faire mieux.
Encore, et toujours…

(1) Deux exploits ont frappé le monde du handball à l’époque et méritent d’être mis en exergue.
Le premier, saison 2002-2003 (2).
Le HBCL en N3 à l’époque, mais avec une équipe extraordinaire -championne de France de cette N3- s’offre successivement La Roche sur Yon (N1), Saintes (N1), Billère (D2) avant de s’incliner en 16èmes de finale face aux Girondins (D2) mais après avoir mené 21-15 à la 45ème minute.
Le deuxième, saison 2006-2007 (2).
Le HBCL, alors en N1, s’incline encore en 16èmes mais contre le club de D1 de Nîmes avec tous ses internationaux : Bruno Martini, champion du monde en 2001, Heykel Megannem le demi centre de la Tunisie, Yassine Idrissi le gardien de l’équipe du Maroc, Nikola Milesevic international serbe. Non sans avoir là aussi longtemps résisté : moins 4 à la 45ème minute !
Mais, contrairement aux jours d’aujourd’hui, à cette époque les clubs professionnels participaient et on jouait pour essayer d’en rencontrer un pour se faire plaisir. On savait bien qu’on ne la gagnerait pas cette Coupe.

(2) : voir sur le site du HBCL à la rubrique « Il était une fois… » les articles 20 et 3.