Le petit mot d’Elino … #85
PIERRE HANTZ
« J’AI TOUJOURS ETE UN SOLDAT DE L’OMBRE »
A 38 ans il est toujours là !Après avoir commencé le hand dans le champ, il est arrivé gardien de but par hasard : « un jour, notre gardien étant absent, je me suis sacrifié… ». Pour cause d’études il a quitté le HBCL pour Caudéran où il a évolué en N3 et N2 avant de revenir dans son club formateur.
Pourquoi ce retour ? « parce que, quand le club est descendu en 2014, cela a été ma manière d’apporter ma pierre à l’édifice ».
Nouveau capitaine de l’équipe de pré-nationale, il nous parle de son équipe et de son rôle.

L’an passé, tu me confiais n’avoir pas prévu de t’arrêter et que le handball était un exutoire pour toi. Finalement les ans n’ont pas de prise sur toi et, à 39 ans, tu es toujours sur le terrain…
Oui toujours. Et sans dire que la boucle est bouclée parce que je n’ai pas l’intention d’arrêter tout de suite. Petite anecdote amusante, je fêterai à la fin de la saison mes 40 ans en même temps que les 40 ans du HBCL.
Et comme capitaine en plus.
Oui capitaine depuis cette année. Ce n’est pas quelque chose que j’ai cherché à avoir. Dylan Sierra, compte tenu de l’évolution du groupe, me l’a proposé. Je l’ai volontiers accepté
Parle nous de ton groupe.
Il a été fortement remanié car il y a eu pas mal de départs entre ceux qui ont arrêté pour cause d’études ou autre, ceux qui ont changé de club et les nombreuses arrivées cette année.
Donc l’équipe est rajeunie.
En moyenne d’age oui. Mais c’est surtout un groupe nouveau qui doit apprendre à se connaître. C’est jamais évident quand il y a tant de mouvements dans une équipe. Surtout comme la notre qui est montée en pré-nationale depuis 2 ans, a acquis de l’expérience la saison dernière et a le sentiment qu’il va falloir refaire ce qui avait été réalisé l’an passé.
En suivant le groupe sur WhatsApp j’ai eu l’impression que l’avant saison a été difficile.
La préparation a commencé début août et on avait un groupe réduit -une dizaine de joueurs- jusqu’au début, voire mi-septembre, et cela n’a pas facilité la création de liens entre anciens et nouveaux .
Finalement vous êtes combien dans le groupe ?
14-15 sans compter les potentielles descentes des joueurs de la N1.
Et tu es tout seul comme gardien de but?
Cette année, après l’arrêt de Benjamin Sabourin, c’est un peu compliqué pour le poste de deuxième gardien. Léo Morais -le gardien de l’équipe 3- vient donner un coup de main sur les entraînements et quelques matchs. Ensuite nous avons eu l’apport des U18 montés sur quelques matchs également.
Donc, exceptés une ou deux rencontres où je me suis retrouvé seul, j’ai toujours été secondé. Mais c’est vrai qu’il y a une réelle question a se poser sur ce poste de 2ème gardien. J’étais prévenu et je l’avais accepté.
Cela fait aussi partie de mon job de porter les jeunes jusqu’au jour où ils finiront par me remplacer…Je laisserai alors la place avec grand plaisir.
Sportivement aussi les débuts ont été délicats. A quoi l’attribues tu ?
En plus des raisons déjà évoquées il faut rajouter le manque d’automatismes au sein de ce nouveau groupe.
A tous ces éléments sont venus se rajouter quelques blessés lors des matchs amicaux expliquant les difficultés rencontrées en préparation et en début de saison.
De ce fait les résultats en début de championnat, même s’il ne sont pas catastrophiques, sont moins bons que ceux escomptés.
Y-a-t-il un problème de génération avec les jeunes ?
C’est la grande question ! En tout cas les jeunes générations qui arrivent ne se ressemblent pas. Je cherche un peu mes mots pour les décrire.
Personnellement, pour avoir été au club à leur age, je pense nécessaire de comprendre que le hand est un sport collectif ou l’humilité et le travail sont deux valeurs primordiales. A mon sens, tout un tas d’éléments extérieurs et extra sportifs sont des valeurs qui se sont un peu perdues.
J’espère que les générations suivantes retrouveront ces valeurs pour moi importantes et qui font qu’à bientôt 40 ans je suis encore là.
C’est une génération, pour moi, très compliquée, vraiment en décalage avec ce qui doit amener la performance et il faut qu’ils admettent qu’aujourd’hui nous sommes dans un club en attente de cette performance. Je constate quelques incompréhensions entre ces jeunes générations et celles comme la mienne dues à des problèmes de discours, d’écoute.
Finalement, au milieu de toutes ces difficultés, en quoi consiste ton rôle?
Mon rôle, en tout cas celui que j’essaie d’avoir, c’est d’être le lien entre ces jeunes et le staff qui a souvent du mal à communiquer avec les joueurs .
Il consiste à apporter mon expérience, un peu de liant entre le club et ses attentes, le staff et les joueurs; à essayer de mobiliser ou remobiliser les gens quand il y a des baisses de motivation; à être un exemple et de montrer la voie; à tenter d’inculquer les valeurs qui sont les miennes à savoir l’humilité et le travail qui, à mon sens, se perdent un petit peu dans ces jeunes générations.
Dans le groupe j’entends souvent parler de « papy ». Est-ce de toi dont ils parlent ?
Non ce n’est pas moi. (rires). C’est Julien Incatasciato qui est plus âgé que moi mais je suis le prochain sur la liste.
Ils n’oseraient pas tout de même ?
Pas encore mais ils ne vont pas tarder !
Quelque chose à rajouter ?
En fait je n’ai jamais brigué ce capitanat. J’ai toujours été quelqu’un dans l’ombre, un soldat de l’ombre. Capitaine ou pas j’ai toujours eu besoin d’aller vers mes coéquipiers et justement vers les jeunes pour leur montrer qu’il y avait quelqu’un pour les aider. Le but étant évidemment d’avoir sportivement les résultats escomptés.
Au final donc, le capitanat n’a rien changé dans mon implication au sein de l’équipe puisque l’idée, en revenant au club, était d’apporter mon expérience à un groupe jeune. J’ai pris cette charge bien volontiers. Elle légitime mon discours, même si mon implication reste la même par rapport au groupe et à mes coéquipiers.
