Le petit mot d’Elino…# 101

L’ESCAPADE CORSE

Michel Métreau -joueur de Libourne dans les années 70 (voir photo)- suit toujours, depuis la Tunisie où il demeure maintenant, l’évolution et les résultats du handball libournais. Son parcours professionnel l’a conduit à Nice où il a continué de jouer au handball. La réception d’Ajaccio par le GLHB le week-end dernier a fait remonter en lui quelques souvenirs qu’il a bien voulu me raconter en quelques lignes.Et je ne résiste pas au plaisir de vous les faire partager.

« En ces temps déjà anciens, le Gazélec d’Ajaccio et le Cavigal de Nice ferraillaient en vue d’une accession à l’équivalent de la D2 actuelle. Pour donner une idée assez simple et précise de l’ambiance qui régnait entre les clubs des deux villes, les matchs entre Nice et Ajaccio avaient un peu le goût des affrontements entre Libourne et certaines équipes du Béarn rural, il y a des années de cela. La tension née de l’enjeu sportif et d’une rivalité entre la grande ville (Libourne étant en l’occurrence assimilée à Bordeaux) et certains villages pouvaient quelquefois dégénérer en pugilat.

Mais là n’est pas l’essentiel. L’expédition car c’en fut une, mérite d’être contée. Par une froide journée de février, même sur la Côte d’Azur il fait parfois frisquet, nous embarquâmes à bord d’une caravelle d’Air France à l’aéroport de Nice Côte d’Azur. Notre équipe était en partie décimée à la suite de blessures. C’est donc avec seulement dix joueurs que nous avons effectué ce déplacement hautement périlleux. Bizarrement le vol ne desservait pas Ajaccio mais Bastia…

La préparation psychologique était lancée et l’odyssée également. A Bastia la micheline qui traverse la Corse nous attendait pour rallier Ajaccio. Durée du trajet – à l’époque – environ 5h. Le « tortillard » secouait beaucoup et il n »y avait pas de chauffage. Il s’arrêtait aux passages à niveau pour laisser passer les voitures. De temps à autre, au milieu des montagnes magnifiques et des forêts denses de résineux du cœur de la Corse, sans halte signalée, quelques passagers descendaient et s’enfonçaient dans les bois vers des destinations inconnues de nous.

Ce périple imprévu, loin de nous affecter et nous déconcentrer, renforça inconsciemment notre détermination et notre envie d’en découdre. Nous étions en mission façon commandos. C’était une période où l’on effectuait encore le service militaire, d’où ce vocabulaire quelque peu martial.

Des taxis nous conduisirent jusqu’au gymnase. Tous les chauffeurs avaient un fusil dans le coffre. Face à notre regard étonné et vaguement inquiet, on nous expliqua que c’était la période de la chasse…..En hiver? (dont acte!)Le trajet se passa sans encombre. Deux heures avant le début du match nous étions arrivés.

La salle copieusement garnie était bruyante. Les supporters très démonstratifs. Certains eurent la malice de nous jeter des gravillons (étonnant!) lors de l’échauffement. Quelques insultes et quolibets parfois en Corse fusèrent des tribunes.

Quant au match, en dépit de quelques aberrations arbitrales, d’un homme visiblement inquiet d’être là, nous avons assez vite scellé le sort de la rencontre grâce à une défense rigoureuse et musclée.

En particulier, le marquage strict de la star et buteur local dont je tairai le nom par courtoisie par un jeune joueur niçois, grand blond au look nordique, étudiant en médecine brillant, qui deviendrait plus tard le père de l’international Xavier Barachet.

Le score de 13 à 11 pour Nice reflète bien l’âpreté du combat lors de ce déplacement…….. Heureusement le jeu et les joueurs ont bien évolué aujourd’hui.

Après ce succès, le retour à Nice -depuis l’aéroport d’Ajaccio cette fois- fut joyeux et largement fêté. La montée encore hypothétique avant notre performance était devenue une réalité ».

Michel Métreau avec l’équipe de l’AS Libourne du début des années 70.

En haut de G à D : Elino De Nardi, Pierre Perchat, René Pons, Riquet Dubosc, Jean-Marie Rolland, Michel Métreau, Joël Castéra. En bas de G à D : Jo Frugier, Jean-Paul David, Alain Pauillac, Jean-Louis Couturier, Christian Cardonne, Jean-François Martinez.