LES CONDITIONS D’ENTRAINEMENT ET DE MATCH

ROMAN-FEUILLETON. Années 60. Episode 2

LES PIONNIERS

A l’époque nous sommes une trentaine d’adolescents, garçons et filles.Nous nous entraînons le soir, sur le terrain goudronné du stade Clémenceau – sur lequel a été bâti le gymnase Brethous- à la lumière blafarde de trois projecteurs poussifs. Parfois, il faut aller chercher le ballon chez les voisins, voire même dans la rue. Les matchs se déroulent au même endroit, devant quelques parents et copains. De temps à autre un passant s’arrête pour observer ce drôle de sport et nous tentons de rentrer en contact avec lui. On ne sait jamais … Compte tenu des conditions climatiques (gel, pluie…) le ballon est souvent incontrôlable. Là, pas de réception à une main. Les buts sont rares. Les pires conditions sont réunies lors d’un match au Puy, petit village près de Monségur. Nous jouons sous la surveillance de gendarmes dont nous avons demandé la présence, le match risquant de dégénérer. Il pleut. Avez vous essayé de jouer avec une savonnette humide ? Pour couronner le tout, quand on rate le cadre, il faut aller chercher le ballon d’un côté dans les toilettes de l’école -nous jouons dans la cour de récréation- ou, de l’autre côté, dans les rangs de vigne … Et en plus le terrain est en pente. Le score ? De mémoire nous menions 3-2 à la pause pour finalement l’emporter 7-4 !

Epique !

Elino De Nardi

NOSTALGIE

C’est avec nostalgie que je repense à ces moments formidables que nous avons vécus. C’est à l’initiative de notre entraîneur d’athlétisme Georges Frustier que nous avons commencé la pratique du hand à Libourne. Au départ le hand nous servait de préparation hivernale pour l’athlétisme. Mais, bien vite, les résultats aidant, tant chez les garçons que chez les filles, il est devenu une véritable passion pour beaucoup d’entre nous. Nos entraînements se déroulaient dehors sur du bitume, au stade Georges Clémenceau. Lorsqu’il pleuvait et qu’il faisait froid, c’était épique, surtout pour moi en tant que goal mais j’aimais ça et n’aurait donné ma place pour rien au monde. Et que dire des shoots des De Nardi, Lavie, Zanchetta et Martorell pour m’entraîner dans les buts !!!! Je n’avais peur de rien et, après de telles séances, nos adversaires féminines pouvaient toujours essayer de me marquer des buts…. Parfois,les rencontres étaient particulièrement agressives avec certaines équipes entre joueuses et supporters qui n’étaient souvent que les chauffeurs des véhicules. Nous étions une bande de copines qui aimions nous retrouver et surtout jouer pour gagner.

Nous avions la rage !!!!

Annick Moro (Delatouche).

Ah ! Quel plaisir de jouer sous la pluie sur le terrain de Clémenceau..

(Ici Jean Michel Placide)

HIVER.

Je me souviens d’un dimanche d’hiver, il faisait particulièrement froid, il était tombé un peu de neige dans la nuit mais cela ne constituait pas un obstacle. L’équipe adverse s’était déplacée malgré la météo, elle ne devait pas venir de très loin ! Et le match débuta dans ce froid sibérien ! Nous étions tellement frigorifiés que nos muscles étaient comme tétanisés. Au bout d’une demi heure, c’est à dire à la fin de la première mi- temps, le score était de ….0-0. Nos tirs qui, habituellement, laissaient peu de chance aux gardiens adverses ressemblaient à d’aimables passes et nous avions même le plus grand mal à nous saisir du ballon. Il n’a pas du y avoir de mi-temps, nous avons simplement changé de coté, l’expression « rentrer aux vestiaires »ne signifiant rien. Je ne me rappelle pas le score final. Nous avons dû gagner, comme d’habitude, mais notre principale victoire, ce jour là, a, sans doute, été de regagner nos maisons chaudes et accueillantes. Nous ne pouvions pas deviner, ce jour là, qu’un jour le handball se pratiquerait dans des salles confortables et chauffées.

Dur dur d’être pionniers…

Jacques Lavie.

C’ETAIT LE TEMPS DES DINOSAURES

Quand je suis devant mon petit écran, ces handballeurs modernes me semblent tellement différents de ceux de mes débuts que j’en arrive à douter que nous essayions de pratiquer le même sport ! Quel chemin parcouru ! Ce handball, maintenant si médiatisé grâce aux performances de générations surdouées, étaitdes plus anonymes quand j’eus la chance de pouvoir le découvrir à mon adolescence. « A quoi joues-tu ?» me demandait-on dans ma campagne profonde. Dire au « football à la main » était l’échappatoire la plus facile et la mieux comprise dans ce monde où seul le foot existait. J’étais trop fier de jouer à l’ASPTT Libourne avec d’autres dinosaures que j’ai eu la grande chance de côtoyer à mes débuts : les Elino, Jacques, Jean (trop tôt disparu) … Georges … C’était mon bol d’oxygène dominical. Moi, chien fou malingre et hargneux, eux, toujours dans le calme et la pondération, c’était ma thérapie ! Que dire des terrains, au mieux goudronnés, au pire en terre battue, toujours en plein air. L’hiver, c’était parfois dantesque. La chute était bien sûr interdite. Jouer à Barbey ou à Pauline Kergomard était alors le bonheur suprême ! Le ballon, un gros « truc » en cuir qui se pelait très vite sur le goudron et qui devenait une affreuse éponge au moindre signe d’humidité, ne facilitait pas les échanges. Les chaussures, de vulgaires baskets dont la semelle était si fine que nous ressentions tous les chocs en direct. Je pense que mes malheureuses vertèbres s’en souviennent encore ! La construction du gymnase KANY changea littéralement la donne et participa sans aucun doute à la merveilleuse aventure du handball libournais.

Vraiment une autre époque.

André Baudry.

MAREE HAUTE.

Pierrette et moi habitons dans les palus des Dagueys. L’hiver, à marée haute, l’eau passe par dessus la route et la recouvre complètement. Habitués et prévoyants, nous avons toujours dans le coffre de notre 2 CV des bottes et même des cuissardes. Un soir d’après match, vers 23 heures, impossible de rentrer chez nous. La route est sous l’eau. Et profondément. Pas de problème, nous enfilons les cuissardes. Valise à maillots et sac à ballons sur le dos, nous voilà partis regagner notre maison. Prudemment car il fait nuit et que nous devons tout de même parcourir 400 ou 500 mètres avec de l’eau jusqu’au bassin. A mi-parcours, Pierrette, plus petite que moi s’écrie : « je sens le froid ». L’eau venait de pénétrer dans ses cuissardes ! Tant pis, il faut continuer. Arrivés à la maison, lever de gambettes pour évacuer l’eau et, enfin, nous pouvons rentrer.

Malgré tout nous étions toujours prêts à repartir.

Georges Frustier

La semaine prochaine, épisode 3 : les déplacements dans les années 60.